Pierre Laprade

Un article de Le petit narbonnais.


La maison natale, demeure bourgeoise du XVIII° siècle, à façade étagée et fronton classiques, volet mi-clos, un jardinet fleuri et verdoyant au pied, entouré de murs secrets, avec son entrée discrète et la double porte voiturière sur angle coupé, avec l'ombrage de grands arbres intérieurs, dans un des coins les plus silencieux de la ville, d'où l'on voit au-dessus de la rue -mi-ombre, mi-lumière - apparaître la cathédrale dans une brume d'or fauve et d'azur. Voici, vraisemblablement, le plus véridique motif de Laprade, dans tout Narbonne et la Narbonnaise. Ancienne rue de la Miséricorde, aujourd'hui rue Charras, maison Pérarnaud. Nous sommes au point d'origine.


"Un grand Peintre Français de Narbonne inconnu dans l'Aude" (Jean Girou - Peintres du Midi - 1938)
"Un grand Peintre Français de Narbonne inconnu dans l'Aude" (Jean Girou - Peintres du Midi - 1938)

Pierre LAPRADE. François, Pierre Coffinhal-Laprade, naît à Narbonne le 19 juillet 1875, maison Pérarnaud rue de la Miséricorde, actuellement 22 rue Charras, de Raymond Coffinhal-Laprade, Procureur de la République et de Marie Moulinq, très artiste. Mort à Fontenay aux Roses en 1932.


Peintre, aquarelliste et graveur Inscrit à l'école des Beaux Arts à Paris, il n'y reste qu'une semaine, persuadé que "l'art ne s'apprend ni dans les livres, ni dans les leçons aussi académiques que fossiles". Il préfère fréquenter directement les maîtres : il passe ses journées au Louvre et s'inspire de Poussin, Delacroix, Fragonard, Watteau. Il fréquente Monet et Picasso.

Il a rapporté de ses voyages en Italie un don de lumière et de poésie qu'il traduit sur la toile. Peintre de jardins, il n'est pas un paysagiste au sens habituel de l'expression ; peintre de femmes dans les parcs, il n'est pas un portraitiste ; peintre de roses, il n'est pas un peintre de fleurs : il est Laprade, peintre que n'imitent ni élèves, ni disciples, ni copistes parce qu'on ne peut, sur une toile, mettre que du dessin ou de la couleur mais non enfermer une âme.

Laprade ne s'est pas contenté de la peinture et de l'aquarelle. Il a gravé des eaux-fortes, aujourd'hui rares et recherchées. Ses oeuvres se trouvent au musée du Luxembourg, au Petit Palais, à Lyon, Grenoble.


"Il flotte dans une exposition Pierre Laprade, je ne sais quel parfum. Il y a un charme languide auquel il est malaisé de résister. Et pourquoi, y résisterait-on ? Mieux vaut s'y abandonner. Toute la grâce claire ou éteinte, mélancolique ou joyeuse des femmes, des fleurs, des bois ou de l'eau, Laprade la ressent et l'exprime divinement. Cet art, si plastique pourtant, où la matière compte savoureuse et pleine, est, en vertu d'un invincible sortilège immatériellement musical. Les paysages, les roseraies de Laprade bruissent de chants d'oiseaux, la lumière y est vivante, on y jouit de la fraîcheur. Il faudrait un poète pour parler de cette peinture de poète". (Vauxcelles - Gil-Blas 1911)

"Des fleurs, un voilier, une femme, une vue de ville - sur tout cela Pierre Laprade répand une grâce claire, fine et délicate ; il module les mouvements divers de donnémotion, et il exprime ce qu'il ressent avec une douceur et une profondeur infinies. Pierre Laprade est, certes, un de nos plus grands peintres-poètes". (Ch. Fegdal - Essais critiques sur l'art moderne (1927)